Comment attraper la peur de l’inconnu
Et si l’inconnu tant redouté ne se trouvait pas à l’extérieur, mais à l’intérieur ? Pauline ne craint pas de chuter dans le vide de la montagne, elle a peur de chuter dans l'estime qu'elle se porte. La menace de l’inconnu est concrète : c'est la peur de l’échec, du jugement, de décevoir. C’est la peur de ressentir le vertige d'un vide intérieur.

Nous voilà déjà dans la seconde partie de notre réflexion sur la peur de l’inconnu.
Souvenez-vous, nous avons défini cette émotion et observé ses nuances à travers deux vécus : celui de Léa et celui de Pauline.
Nous avons vu que la peur est une alarme saine lorsqu'elle nous maintient mobiles et attentives à des éléments présents et concrets. Ce fut ce que nous avons entendu à travers les mots de Léa. À l’inverse, lorsque cette alarme se fixe sur des scénarios abstraits et qu'elle vient paralyser notre quotidien, elle indique un besoin de régulation.
Pour comprendre d'où vient cette intensité et comment la soulager, nous allons nous appuyer sur les brillants mots de Pauline.
Ensemble, décodons ce qui se joue véritablement derrière cette peur pour apprendre à l'apaiser.
Voir la peur de l’inconnu autrement
Au milieu de ces montagnes, on aurait pu imaginer que l’alarme de Pauline soit tournée exclusivement vers les risques réels de l’activité. On aurait pu imaginer que le danger extérieur dans ces hauteurs inconnues prenne toute la place dans ses pensées.
Pourtant, en tendant l’oreille sur la profondeur de ses mots, elle nous révèle quelque chose de plus subtil.
Et si, en effet, l’inconnu tant redouté ne se trouvait pas à l’extérieur, mais à l’intérieur ?
Ici, l’objet du danger n’est ni la montagne ni l’activité en elle-même, mais ce que l'événement vient réveiller en elle. Ici, Pauline ne craint pas de chuter dans le vide de la montagne, elle a peur de chuter dans l'estime qu'elle se porte, d’y voir ce qui lui fait peur, ce qui peut la blesser.
La menace de l’inconnu est présente et concrète : c'est la peur de l’échec, du jugement, de décevoir, de l’impuissance. C’est la peur de ressentir le vertige d'un vide intérieur.
Le vertige de l'inconnu intérieur
Le vide intérieur ne signifie aucunement qu’il n’y a rien en soi, tout au contraire. Si on se protège avec toutes ses alarmes, c’est qu’un trésor inestimable se cache derrière. En fait, cet inconnu intérieur est plutôt l’indicateur que l'accès à la conscience de soi a été coupé ou fragilisé, abimant de facto la confiance en soi.
Alors, lorsque notre sol intérieur semble glissant et peu stable : les repères extérieurs représentent des précieux et indispensables tuteurs sur lesquels on s’appuie. Cela peut être la validation de l’autre, les habitudes, les repères familiers, etc.
Mais dès que l’environnement vacille sous l’effet de l’inconnu, nos balises extérieures s'effacent. Nous nous retrouvons seule face au flou, et le vertige intérieur s'éveille : « Comment vais-je faire ? Comment cela va-t-il se passer ? ».
La peur de l’inconnu extérieur ne doit pas venir réveiller la peur de l’inconnu intérieur, si terriblement angoissante.
Chez Pauline, ce vertige intérieur se traduit par un sentiment d’impuissance, mêlant la peur du rejet et de l’abandon. L’alarme sonne, sonne très fort. Pauline doit donc se raccrocher à des tuteurs, le vide sous ses pieds la fait glisser de plus en plus dans ce vertige intérieur qu’elle redoute.
Le premier tuteur : le regard de l’autre. Qu’est-ce que vont penser les autres ? Par ce moyen, Pauline tente de s’appuyer sur un tuteur qui pourrait la rassurer sur ses capacités, sur sa valeur. Mais le tuteur ici est pris dans la panique interne, et le tourbillon du dénigrement l’emporte.
Alors, elle utilise avec force un deuxième tuteur : la comparaison à l’autre. Comment Léa fonctionne, et est-ce que moi je fonctionne aussi bien ? Mais là encore, le tuteur se dérobe, avalé par le séisme du dénigrement.
Troisième et dernier tuteur entendu ici : comment est mon extérieur ? Elle cherche à se raccrocher à ce qu’elle voit, à des éléments concrets pour ne pas être prise elle-même tout entière dans le tourbillon du dénigrement. Mais les pensées affluent, les doutes se propagent et ce qu’on peut injustement percevoir comme une méfiance accrue de son environnement et de l’autre n’est que la projection de sa méfiance interne.
Quand les doutes sont en sur-nombre, le terrain devient glissant. Comment peut-on alors y planter des piquets de certitudes ? Comment peut-on être certaine qu’on trouvera des prises sur cette montagne de l’inconnu quand l’insécurité est en soi ?
Ce qu'il faut retenir
Tout cela nous le montre clairement : Pauline n’a pas peur de rien, ne se fait pas un monde pour rien, elle n’est pas too much. Non, sa peur est dure, lourde et tellement angoissante car elle vient réveiller un sentiment d’inconnu en elle.
Comprendre que la peur de l'inconnu parle avant tout de notre relation à nous-mêmes est le tout premier pas vers l’apaisement. Cela est une pierre de concret posée face au flou, pour un premier pas vers une douce et juste conscience de soi, déculpabilisante et sereine.
> Cette première pierre doit servir de rempart pour vous protéger du cercle vicieux induit par la peur débordante de l’inconnu. Celui qui vous fait vivre dans l’incompréhension de vous-même, culpabilisante et provoquant de la méfiance. C’est ce qui vous fait redoubler de vigilance, vous demande toujours plus de contrôle car vos repères internes vacillent, alors vous tenez, vous tenez et vous vous épuisez. De percevoir d’où prend racine cette peur nous permet de percevoir que nous pouvons la rassurer, mettre en place les clés de solution adéquates et ainsi recréer un partenariat juste et doux avec soi.
Le chemin du soulagement
Voici la dernière partie de cette réflexion, et chaque mot que nous avons posé ensemble est venu bâtir le chemin du soulagement.
Cette partie mettra l’accent sur le retour du concret. En effet, qui dit peur, dit qu’il faut se rassurer. Qui dit peur de l’inconnu, dit qu’il faut se rassurer de manière concrète et présente. Se raccrocher à ce qui se passe ici et maintenant, retrouver des balises qui agiront comme des prises solides pour gravir la montagne sans cette peur paralysante de ce vertige intérieur.
> N’hésitez donc pas à prendre le temps d’écrire. Quand la peur débordante de l’inconnu se fait ressentir, les écrits sont des repères stables, des prises solides qui vous permettront de rester ancrée face au vertige de l’inconnu. Créez des certitudes pour dissiper le brouillard des doutes, des « et si ».
Pour cheminer concrètement dès aujourd'hui, voici quatre premières balises à poser :
1 - Concrétiser le danger plutôt que de lutter contre le flou :
La prochaine fois que vos pensées s'emballent dans les « et si », ramenez la question à l’intérieur, là où vous avez la main.
- Interrogez votre alarme avec bienveillance en vous demandant : « Qu'est-ce que je cherche à protéger en moi à cet instant ? Est-ce ma peur du rejet, de l'échec ou mon manque de légitimité ? ».
+ Dégrossir le flou en détaillant ce qui se passe précisément en vous permet de vous réancrer sur le moment présent et de vous libérer de l'immensité de l'inconnu. Cela vous permet de ne plus vous sentir paralysée par quelque chose qui vous échappe.
2 - Écouter son corps et le rassurer :
Vos palpitations ou votre ventre noué ne sont pas des preuves de faiblesse ou de perte de contrôle. Votre corps a entendu l'alarme et mobilise de l'énergie pour vous aider à agir ; il ne vous abandonne pas.
- Remplacez le jugement par des faits. Dites-vous par exemple : « Mon cœur bat vite parce qu'il libère de l'oxygène pour m'aider, ce n'est pas un signal de danger mortel ».
+ Poser des mots factuels sur ces ressentis permet de réduire la peur de ce vertige intérieur et de retrouver de la douceur dans votre discours, un partenariat serein. Cela permet également de trouver des solutions taillées à vos besoins : ok, là mon coeur s’emballe, il me prévient que je dois me poser et souffler, respirer, cela nous permet de sortir de la panique qui nous fait suffoquer et tomber dans un cercle vicieux.
3 - S'ancrer dans le quotidien :
Face à l'inconnu, notre sol intérieur vacille et nous oublions nos repères, la projection dans le futur nous fait perdre l’instant présent. Pour lutter contre cela, l'idée n'est pas de tout contrôler, mais de réintroduire du familier et du connu.
- Appuyez-vous sur des micro-objectifs quotidiens ou des rituels simples pour retrouver conscience d’ici et maintenant : vous accorder une boisson chaude ou un moment de lecture, de loisirs créatifs, avancer sur une toute petite tâche précise.
+ Avoir ces micro-prises solides au quotidien permet de rétablir une stabilité sous vos pas et de réduire la sensation d’inconnu vertigineuse. Remettre du connu dans votre journée vous permet de ressentir concrètement votre capacité à avancer et à agir, ce qui aide à apaiser l'immensité de ce qui pourrait arriver.
4 - Fixer ses justes responsabilités :
La peur de l’inconnu s'accompagne souvent d'un poids invisible : celui de vouloir tout réussir parfaitement, de porter des attentes qui ne sont pas les nôtres ou d'éviter à tout prix de se décevoir soi ou les autres.
- Posez-vous la question de ce qui vous appartient réellement. Écrivez votre « fiche de poste » émotionnelle et relationnelle dans la situation que vous traversez : mes limites, mes responsabilités.
+ En délimitant strictement vos propres objectifs de ceux des autres, vous vous libérez de la tyrannie de la perfection. Vous cessez de vous épuiser à vouloir satisfaire tout le monde pour revenir à l'essentiel : ce qui est juste et bon pour vous.
En changeant le regard que vous portez sur vos réactions, vous apprenez à ne plus redouter vos émotions, mais à recréer un partenariat juste, tendre et solide avec vous-même.
Pour aller plus loin :
Le carnet d’ascension : un espace pour s’approprier le chemin
Parce que ces prises demandent du temps et de l'espace pour s'enraciner, et qu'elles ne tenaient pas toutes dans ces lignes, j'ai prolongé ce chemin dans Le Carnet d'Ascension.
Si l'article pose les bases et permet de comprendre ce qui se joue derrière la peur de l'inconnu, ce carnet est conçu pour passer du décryptage à l'expérience. Pensé comme un compagnon de route interactif et intime, il offre un espace pour souffler et poser ses mots autour de grands piliers :
- Concrétiser et apprivoiser la menace : des exercices guidés pour sortir du flou des « et si... » et interroger son alarme avec bienveillance.
- Retisser le lien avec le corps : des temps de pause pour transformer un signal de panique en un dialogue tendre avec soi-même. Ne plus avoir peur de ses ressentis, mais comprendre qu'ils font partie du mouvement.
- Recenser son répertoire de ressources : cartographier ses forces, ses compétences et ses réussites pour se bâtir un sol intérieur solide.
- Fixer ses justes responsabilités : poser sa « fiche de poste » relationnelle pour sortir de la tyrannie du regard des autres et de la perfection pour revenir à ce qui nous appartient vraiment.
- S'ancrer dans le quotidien : des outils de micro-maîtrise pour célébrer les petits pas et cultiver un partenariat juste, patient et chaleureux avec soi-même.
Le Carnet d'Ascension est un espace rien qu'à soi, une parenthèse pour transformer l'appréhension du vide en un nouveau chemin vers sa propre sécurité intérieure.
> Ce carnet est actuellement en cours de finalisation, il sera très prochainement disponible.
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